6 titres pour transformer les jeunes lecteurs en de vrais gourmands gourmets !
Noti Le livreur d'histoires
Auteur

Des histoires pour parler de l'alimentation : nos coups de cœur littéraires pour enfants
À retenir
- Introduire le plaisir des repas dès le plus jeune âge : Les albums pour enfants favorisent une approche ludique et joyeuse des repas
- contribuant à détendre l’atmosphère autour de la table.
- Encourager la diversification alimentaire : Les histoires aident les enfants à surmonter leurs réticences alimentaires et à découvrir de nouveaux goûts
- en les rendant plus ouverts à essayer différents aliments.
- Explorer l’alimentation comme un jeu culturel : Certains albums offrent une immersion dans les pratiques culinaires de diverses cultures
- enrichissant la curiosité des enfants et leur compréhension du monde.
- Favoriser l’esprit critique face à la malbouffe : Certains récits permettent aux jeunes lecteurs de réfléchir sur les dangers des fast-foods
- les incitant à adopter des comportements alimentaires plus conscients et équilibrés.
Simples ou sophistiqués, modernes ou traditionnels, les repas sont un rituel aussi indispensable à instaurer que celui de la lecture. Dans les deux cas il y en a pour tous les goûts. Tant mieux car les repas sont souvent la source de tensions voire de conflits dans les familles notamment quand il s’agit de diversifier et d’équilibrer l’alimentation des enfants.
Or, sans céder à leur monomanie de type pâtes ou burgers, il faudrait, au contraire, pouvoir réussir à pacifier l’ambiance des repas et même susciter de la réjouissance. Pour alléger ce sujet d’importance, entrons dans le vif de l’assiette avec de chouettes albums pour les enfants dès 12 mois.
1. Se retrouver à table, un moment joyeux qui s’initie dès le plus jeune âge !
L’imagier qui tourne pas rond, la cuisine
Elo
Sarbacane
Dès le titre générique, L’imagier qui tourne pas rond, le lecteur perçoit bien, avec cette absence de négation que quelque chose est insolite dans ce livre. Mais retrouvons quelques instants notre âme d’enfant pour se réjouir du plaisir que les tout-petits ont à manipuler ces roues et à découvrir toutes les réponses incongrues proposées en illustrations. Dans la cuisine, à côté de l’assiette, il y a… des pinceaux ou des couverts ?
Evidemment la bonne réponse tombe vite sous le sens. Mais quelle jubilation que de s’acharner à répondre à côté et d’imaginer l’impossible voire de surenchérir en inventant d’autres réponses encore plus loufoques que celles de l’imagier qui ne tourne pas rond d’Elo. Dans le coquetier, il y a ? Un œuf bravo mais pourquoi pas une pomme ? Un ballon ?
Ce serait drôle mais dans le contexte d’un jeu pas d’un repas. Ce format d’album est à la fois élégant et joyeux. La taille de la typographie idéale pour familiariser visuellement l’enfant avec des structures de phrases simples. Bientôt, une fois à table, le petit lecteur souhaitera mettre en pratique les suggestions de L’imagier qui tourne pas rond. Un bon moyen pour détendre l’atmosphère, en attendant de le faire participer concrètement à la réalisation d’un bon plat.
2. La diversification, c’est faire accepter aux enfants de goûter et manger de tout : doucement mais sûrement !
Gaston Grognon, Beurk !
Suzanne Lang, Max Lang
Casterman
À qui faire croire, qu’un poivron est meilleur qu’une banane ? Certainement pas à Gaston Grognon, le petit héros imaginé par Max et Suzanne Lang, qui a trouvé là une nouvelle raison de se mettre en colère. Chacun y a va de son argument pour le convaincre. Il faut dire que le poivron a quelques atouts esthétiques, sa rondeur, sa brillance. Prudemment, notre héros se lance. Aussitôt, la sanction préférée des enfants tombe : Beurk ! Mais quand on a réellement faim, il faut savoir dépasser ses appréhensions théoriques. Telle est évidemment la leçon de cette histoire de caractère. Si Gaston Grognon l’a fait, tous les enfants peuvent le faire ! Ce qui n’empêche pas de maintenir ses préférences gustatives. L’essentiel est, paraît-il, d’essayer plusieurs fois de goûter un plat, en variant les préparations. À quand un épisode où Gaston Grognon se délecterait de poivrons sauce banane ?
3. Quand se nourrir devient un jeu voire un enjeu pour attirer et retenir l’attention des parents.
Mange mon ange
Flore Brunelet, Madeleine Brunelet
Flammarion Jeunesse
Mange mon ange : quel parent ne s’est pas entendu prononcer cette douce injonction. Judicieusement, l’épisode de cette collection de Flore et Madeleine Brunelet consacrée aux années crèche met en scène la relation d’un père et d’une fille du point de vue de l’enfant. Cette dernière a bien compris que bien manger était important aux yeux de son papa. Quelle opportunité formidable de le garder à disposition en faisant le clown avec la nourriture, en se collant la purée de haricots verts sur la tête, en bariolant sa chaise ou en la donnant au chat. Après avoir essayé diverses stratégies dont le fameux Mange mon ange, le père décide de se retirer du jeu mais reste officieusement attentif. La petite fille vient donc de perdre son spectateur principal. Néanmoins, comme elle a faim, elle termine son plat. Bien sûr, cette fermeté paternelle ne va pas sans occasionner quelques dégâts. L’enfant mange avec ses doigts, elle s’en met partout : peu importe, elle a fini par se restaurer.
À nous, parents, de résister avec l’idée qu’un jeune enfant bien portant* ne se laisse pas affamer, comme nous le précisent Flore Brunelet et Madeleine Brunelet dans le cahier final. Plus facile à dire qu’à faire, particulièrement pour les mamans qui font souvent correspondre nourriture physiologique et nourriture affective.
Cette histoire rappelle aux petits et aux grands que personne n’est dupe même s’il arrive aussi que les enfants n’aient tout simplement plus faim. *Les enfants qui souffrent d’allergies au lactose ou autre aliment, nécessitent d’être accompagnés par un pédiatre ou un médecin nutritionniste. Cela modifie fortement et avec raison notre vigilance aux repas.
4. Manger et cuisiner, c’est parler de soi, des autres, de souvenirs, de goûts, d’envies et de ce que nous sommes capables d’élaborer de bon, de beau et de bien.
Aux douceurs enchantées, Les sablés de métamorphose
Aurélie Gerlach, Maud Begon
Gallimard Jeunesse
Dans la série des premiers romans, voici un peu de gourmandise, de plaisir et de magie !
Tous les ingrédients sont réunis : une relation très complice avec une grand-mère pâtissière qui répond au nom de Madeleine Ladouceur, une conjonction de planètes idéale pour basculer dans le merveilleux, l’apprentissage de la cuisine, les déceptions quand cela ne marche pas, la crainte de décevoir, les efforts et la concentration nécessaires à toute activité, fut-elle enchantée ou pas, la jubilation d’échapper au quotidien et d’imaginer transformer ses parents... L’imaginaire bat son plein, tout en restant pragmatique sur le message à l’égard des sucreries, Les sablés de la métamorphose : pourquoi en priver totalement nos enfants si, par ailleurs, fruits et légumes sont bien présents dans leur alimentation ?
Ce premier épisode Aux douceurs enchantées est une réussite pour entrer dans des lectures longues à deux voix et, pourquoi pas, se lancer dans la réalisation de sablés, si ce n’est enchantés, du moins enchanteurs, grâce à la recette personnelle de Madeleine Ladouceur délivrée en fin d’album.
5. L’alimentation : une pratique culturelle universelle visible sur tous les marchés du monde, à découvrir ou redécouvrir
Le tour du monde en 24 marchés
Maria Bakhareva, Anna Desnitskaya
La Partie
De la Boqueria de Barcelone aux Halles Bocuse de Lyon, du cours Saleya de Nice au marché flottant d’Anphawa en Thaïlande, voici une immersion originale pour aborder les habitudes et les plaisirs gustatifs collectés dans Le tour du monde en 24 marchés et pourquoi pas, se lancer dans quelques recettes inspirantes.
Cet album documentaire regorge de détails réalistes qui permettront aux jeunes lecteurs de s’intéresser aux aliments les plus répandus comme aux épices particulières de chaque grande région du monde, à la monnaie locale comme au vocabulaire utile pour commercer et échanger. L’enfant est incité à observer et repérer les fruits typiques, les légumes, les féculents, les céréales ou les poissons de ce tour du monde en 24 marchés avant de revenir à ceux présents dans la recette proposée. Sans oublier de rechercher l’enfant du pays qui l’accompagne dans ces découvertes. Un album original qui permet d’ouvrir les esprits et de transmettre le goût du voyage indissociable du plaisir des papilles.
6. Résister à la puissance tyrannique des fast-food en aiguisant l’esprit critique des enfants.
Junkfood book
Noémie Weber
Gallimard Jeunesse
La tentation de passer du bon temps dans un fast-food reste encore bien ancrée, malgré quelques chemins buissonniers plus vegans qui commencent à se dessiner dans la jeune génération. Difficile, en effet, de faire contrepoids à la tyrannie des 500 000 fast-food de Malbouffe city racontée dans ce Junkfood book. Une lutte déséquilibrée est engagée lutte contre une bande de légumino-trafiquants qui tentent d’imposer des cultures de légumes au sein de la ville, nouvelles variétés de topinambours et autres carottes d’antan. Lors du démantèlement du réseau de résistants, le bébé d'un trafiquant Youssouf Ralatouf – le roi des jardins potagers de légumes- est abandonné dans un fast-food par sa maman pour qu’il échappe à l’arrestation du patron qui règne alors en despote sur la ville. Adopté par les salariés du restaurant, Pépito Biscuit vit dans une chambre-friteuse et s'entraîne avec enthousiasme au concours de goinfrerie. Ca dégouline de partout. Tous les amateurs de cette Junk food gavés au gras, à l’hélium, au colorant et autres acides sont gris de gris. Et bien sûr ils ont toujours faim. Mais un jour, après dix ans de cette vie rêvée de gras, Pépito parvient à retrouver la trace de son père, un décroissant altermondialiste qui n’a pas perdu le nord. Le voilà en route pour la campagne. Il n’est guère enthousiaste mais le goût d’un fenouil offert par son amoureuse va le transfigurer.
Une histoire complètement loufoque, cynique et très critique à l’égard de notre société, du capitalisme, de l’individualisme et de big brother. Noémie Weber signe là avec brio une dystopie destinée à dégoûter de tous ces gras saturés autant qu’à faire réfléchir et inciter à résister à la malbouffe. Un deux en un, en format BD pour toucher les plus grands des jeunes lecteurs.
Conclusion
Les repas puis l’élaboration commune de petits plats maison sont des étapes essentielles dans la construction des familles. Longtemps considérés comme sacrés, puis escamotés par la course de nos vies actuelles, ils reviennent aujourd’hui au goût du jour, portés par des chef-fes engagé-e-s et des passionné-e-s qui en défendent les valeurs de convivialité et de créativité dans des albums pour enfants aussi sensibles que gourmets. Les repas familiaux, leurs bons petits plats et la transmission de leurs recettes sont autant d’histoires formidables de rencontres et de joie qui font appel à tous les sens et jalonnent de saveurs la trame de nos souvenirs . Une régalade !
